La question des Primaires à Gauche

 

Voici regroupées ici quelques interventions au sujet des primaires à l'élection présidentielle qui semblent se mettre en place à Gauche. Le collectif Mont2Gauche est globalement critique vis à vis de cette façon de faire de la politique, car les debats sur les programmes sont éclipsés par des questions de personnes. Au lieu de parler de perspectives en termes de choix politiques, les débats finissent par relever de la psychologie de cuisine concernant les différentes "personnalités" des candidats. C'est très décevant.

N'hésitez pas à prendre contact avec nous pour parler de ce sujet et des autres !

 

La position de certains membres d'EELV semble à peu près retranscrite dans cet article du JDD.

 

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Primaires à Gauche : le point de vue de JL Mélenchon

 

Je n’avais pas prévu de m’exprimer sur le sujet des primaires à gauche lancées par Cohn-Bendit et Libération car je ne veux m’opposer à rien, même si je ne m’y associe pas pour des raisons qui sont très anciennement formulées (mon livre de 2007, En quête de gauche, et L’Autre gauche, de 2009). Mais comme j’étais présent aux vœux du PCF présentés par Pierre Laurent, il a bien fallu que je réponde aux journalistes présents. Je préfère alors confier à cette page mon appréciation résumée pour qu’une version directe et authentique de mes propos soit accessible à ceux qu’elle peut intéresser.

1) C’est un bon sujet de conversation que ces primaires, moins déprimant que le commentaire de la lettre du MEDEF, le plantage du couple Hollande-Johnny place de la République ou les dernières folies des abrutis « djihadistes » qui font la campagne permanente de madame Le Pen par l’image caricaturale qu’ils donnent des musulmans. Merci donc aux rédacteurs de cet appel.

2) Le texte de la pétition est une condamnation cinglante de la politique de François Hollande par des gens qui ont tous été membres de sa majorité gouvernementale. Je me réjouis de voir mes diagnostics repris. Et je m’amuse de les voir promotionnés par un journal comme Libération qui prétendait naguère que c’était là des excès d’agressivité quand on les entendait de ma bouche…

3) Compte tenu du contenu de ce texte, demander à Hollande d’y participer c’est lui demander de démissionner. Je salue l’habileté du procédé plus efficace que bien de mes critiques et interpellations, j’en conviens.

4) Après ce bilan positif, il me reste à dire que je ne vois pas comment la chose peut s’organiser. Car participer à une primaire, c’est accepter de se soumettre au résultat du vote. Il faut noter deux choses à partir de là. D’abord sachons que le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, a déjà dit que dans l’hypothèse où quelqu’un qui « poserait problème sur l’Europe l’emportait » cela « poserait problème d’accepter le résultat ». La dépêche rapporte que cette déclaration est une allusion à peine voilée à moi. Je ne lui en veux pas. Julien Bayou est un actif partisan de la candidature de Cécile Duflot et c’est bien son droit. Mais on voit que si avant même que quelques discussions aient commencé on en est déjà à disqualifier sur un mode personnel un protagoniste potentiel, on devine ce que ce sera ensuite : une foire d’empoigne. Quant à moi, je dis que si Hollande ou Valls ou Cohn Bendit ou qui sais-je encore de cette mouvance emportait ce vote, comment pourrais-je le soutenir ensuite après avoir échangé avec eux autant de critiques sur le fond ? Donc je préfère dire que je ne participerai pas à une compétition dont je ne suis pas prêt à me soumettre au résultat. J’estime que c’est une attitude honnête et respectueuse du point de vue des autres.

5) J’ajoute que les primaires comportent bien des défauts que je ne récapitule pas pour l’instant ici. Sinon pour un d’entre eux et non le moindre. L’électeur d’une primaire ne vote pas essentiellement pour les idées de tel ou tel mais surtout d’après l’évaluation qu’il fait des chances de celui-ci de l’emporter. Autrement dit, chacun se range derrière ce que les journaux et les sondeurs lui disent être l’opinion moyenne et dominante. C’est la fin de la politique comme art de proposer une idée nouvelle ou choquante, la fin de l’espoir de construire une opinion progressiste.

6) Évidemment, comme le dit Pierre Laurent, qui déclare aussi accueillir « très positivement cette initiative », ma porte n’est pas fermée, je suis prêt à parler de tout sans a priori et ainsi de suite. Bref, je suis disponible pour la fraternité

7) Le plus difficile n’est pas de trouver un candidat à la présidentielle. Mais de s’accorder sur les 570 candidats aux législatives dont la désignation devrait encore passer en toute logique par des primaires locales. Sachant que leurs résultats sont la base sur laquelle se calcule la dotation d’État à chaque parti, on devine que la question devient moins simple qu’il y paraît. En effet le résultat de la présidentielle elle ne donne aucun droit à financement ensuite…

8) Quant au programme, je crois juste de rappeler que nous ne partons pas de rien. En 2012, j’ai eu l’honneur de recueillir quatre millions de voix avec un programme, L’Humain d’abord, dont nous avons vendu 500 000 exemplaires. Je ne cache pas mon agacement à voir tout le travail accompli rayé d’un trait de plume pour faire comme si le monde commençait, comme si nous n’avions rien fait. Pierre Laurent à raison de dire qu’on peut mieux faire qu’en 2012. Mais encore faut-il faire autant. Et pour cela, il n’est pas inutile de se demander pourquoi nous sommes parvenus en 2012 à faire le premier score à deux chiffres en dehors du PS depuis trente ans.

9) Chaque parti étant pris dans son calendrier de congrès, toute cette mécanique renvoie à la fin juin leur décision et la primaire imaginée au mois de novembre 2016. D’ici-là, on peut imaginer de faire autre chose aussi compte tenu de l’état de délabrement de la conscience collective du pays. C’est ce que je compte faire.

 

Jean-Luc Mélenchon, texte tiré de sa page facebook

 

 

Le coup de gueule de Jean Ortiz au sujet des Primaires

 

Soyons primaires !


Soyons primaires ! Le capital en raffole. Des citoyens primaires, des analphabètes politiques, caricaturaux, clonés, des gugusses manipulables à merci, à la merci des puissants : « primarisés » ! Le dernier must à la mode libérale.


Soyons primaires ! Les « primaires », c’est le degré moins un de la Politique, la démocratie sondée, incontinente. Dépolitisée. Les « primaires » : le summum de la démocratie médiatique (et de marché), à l’américaine. Que (la) le mec plus ultra l’emporte... Paillettes, flonflons (et consciences) payés par de généreux grands patrons. Aux États-Unis, on appelle cela : les « caucus ». Terrible aveu. Ah, les « gringos » !


Soyons primaires, et que le spectacle commence. Et vlan une petite phrase choc, « assassine », un dérapage intentionnel, calculé. Et pour ta poire : une insulte, un coup bas au niveau du slip, une donaldtrumperie... Pour tromper les dingos. C’est écrit.

 

Soyons primaires. « Approchez, venez voir... ». Le cirque, l’étalage, la mousse, l’écume, la vacuité, le paraître, les frasques, les instincts... primaires, pour racoler, racoler, et élire les « primo votants ». Et les autres ? Tiens, tiens, derrière la frime hypocrite, c’est vilain. Et désémantisé, comme ce qui le plus souvent nous vient des États-Unis... mais « modélique » : à singer !


Soyons primaires ! Désormais plus besoin de partis, de partis militants, mais des sondeurs, éprouvettes et stéthoscopes à la main, pour faire croire à plus de démocratie, alors que cela revient à la confisquer, à liquider la(les) « fonction(s) » du parti. Il devient un parti de supporters. Que la voilà la bonne démocratie ! Et marchande de surcroît. Plus besoin de programmes rébarbatifs, de projets papivores. Le renoncement au rôle, aux prérogatives des militants : au diable l’élaboration d’un projet, le choix des candidats, etc. Des écuries : les macronistes, les hollandistes, les vallsistes, les juppistes... Les militants convertis en suffragettes (Note de Mont2Gauche : "Pom-pom girl" aurait été meilleur !).

 

Cette « démocratie » relève de la course au frac, au fric, aux « parrainages », aux « sponsors » ; elle repose sur des médias si pluriellement démocratiques, sur TF1, 2, 3 , sur de la mise en scène frelatée, sur une personnalisation outrancière, sans limites, sur du « je t’amuse la galerie » pour te faire gober tout le reste, l’essentiel, sur des Instituts de sondage, tous bolchévisés comme chacun le sait, et poussant évidemment le cheval le plus contraire à leurs intérêts, le(la) plus anti-système, le(la) plus radical. Cela va de soi ! Le consensus ! 

Primaire.


A ta santé ! Pas à la mienne.

 

Jean Ortiz, Dimanche 31 Janvier 2016, in L'Humanité

 

 

Le point de vue de François Cocq et Francis Daspe 

(d'AGAUREPS-Prométhée)

 

La gauche est malade de la peste des primaires. C'est un exercice politicien néfaste

 

Tiré de l'OBS le plus

 

"Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés". Et si la fable eut compté son cabri de 2017, celui-ci aurait ânonné : "Primaires, primaires, primaires !" Depuis le début de l’année, à gauche, chacun y va de sa proposition en la matière. Une vraie pandémie.

 

Le mimétisme et l’effet de mode ne suffisent pas à expliquer cet engouement pour le processus. Celui-ci repose sur un effet dilatoire évident : pour les initiateurs des appels différents et variés, le procédé de désignation réglerait sur le fond la question de l’orientation politique.

 

Mais en se focalisant sur les outils, on en oublie l’objet !

 

Un choix d'individus plutôt que d'orientations

 

La règle de base d’une primaire étant que celles et ceux qui concourent sont appelés à se ranger derrière celui ou celle qui est désigné-e, la méthode ne peut permettre de trancher qu’entre des individus, au mieux des représentants. Mais en aucun cas entre des orientations qui pourtant sont de plus en plus divergentes au sein de la gauche.

 

La primaire ne représente dès lors qu’un poste avancé de la "compétition électorale" qui, d’élection en élection, ne sert plus qu’à désigner ceux qui mettent en œuvre des politiques qui au final se confondent.

 

Tout concourt pourtant à ce que 2017 soit le moment d’une vraie "dispute politique". La politique économique libérale assumée de François Hollande et de ses gouvernements, le positionnement par rapport à l’Union européenne et à ses traités, la constitutionnalisation de l’état d’urgence et de la déchéance de nationalité, pour n’en citer que quelques uns, sont autant d’éléments structurants du débat public.

 

Pris un à un par les protagonistes d’une primaire, ils ne recouvrent pas une même unité d’action pourtant si nécessaire. Sera responsable devant le pays celui ou celle qui affirmera la cohérence d’un projet qui puisse former un tout et non celles et ceux qui juxtaposent des accords-désaccords pour mieux les passer par pertes et profits et les ranger ensuite dans un même sac.   

 

Un exercice politicien par excellence

 

La primaire est par ailleurs un instrument habile pour faire table rase du passé. Dès lors qu’ils concourraient, les uns se soustrairaient à l’héritage du quinquennat qu’ils ont porté ou contribué à mettre en œuvre, les autres à l’opposition factice qui les a vus fronder, d’autres encore aux atermoiements de leur organisation et au débat entre leurs militants.

 

Les plus retors misent sur le caractère excluant d’une méthode qu’ils présentent pourtant comme inclusive pour mieux saper là la légitimité du président sortant, plus loin celle de celui qui avec les 4 millions de suffrages qui se sont portés sur sa candidature en 2012semble le seul à même d’incarner une autre voie à gauche.  

 

Certes, la monarchie présidentielle est un régime pervers dont il faut se dédire. Pour autant, en assimiler les règles pour mieux le combattre et le faire tomber ne saurait contraindre à en promouvoir les pires travers de "l’entre-soi spectacularisé".

 

La primaire est un exercice politicien par excellence qui n’a rien à voir avec le renouvellement des pratiques. Au contraire, elle généralise les plus mauvaises. Elle contribue en cela à ce que la politique éteigne le politique.

 

Une négation de la souveraineté populaire

 

Les primaires masquent ainsi bien mal sous un vernis vertueux les calculs politiciens qui président aux désignations pour les législatives. Pour préserver leurs intérêts matériels futurs, ici un petit groupe parlementaire, là un strapontin ministériel, tous sont tenus de bander les muscles et d’être sur la photo.

 

Qu’importe le résultat, il faut en être sous peine de disparaître. Les primaires imposent ainsi la multiplication des candidatures car la présidentielle n’est pas leur objet réel. 

 

Les primaires sont enfin la négation de la souveraineté populaire. Si l’ambition de mobilisation des énergies, de sensibilisation aux enjeux politiques, d’implication des citoyens est louable et nécessaire, celle-ci ne peut se faire in fine au détriment de la prérogative de décision qui revient au peuple dans l’élection.

 

En faisant trancher en amont non pas sur des orientations mais sur des personnes, on retire au peuple la possibilité réelle de choix qui doit pouvoir s’exprimer le jour du scrutin.

 

Nous avons besoin d'une saine "dispute politique"

 

Ainsi, en soustrayant aux citoyen-ne-s leur liberté de vote du premier tour et en les contraignant à s’inscrire de gré ou de force dans le cadre du nouveau tripartisme, la primaire n’est rien de plus qu’une vulgaire resucée du vote (prétendument) utile et contribue à l’assèchement démocratique.   

 

Au petit jeu de la primaire aussi, "selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir". On comprend dès lors que la primaire est l’ultime avatar qui permet de maintenir la définition de l’échiquier politique sous la coupe d’effets de système.

 

Pour que 2017 marque enfin un renouveau démocratique, il faut au contraire que s’exprime aux yeux de tous une saine "dispute politique" que seul le peuple, par la force de son indivisibilité, est à même de trancher et de conférer une légitimité.

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