La laïcité (volontairement) incomprise

 

Dans un contexte de successives et insupportables entorses au principe de laïcité par des élus de la République (je pense notamment à l’installation d’une crèche de Noël dans les locaux du Conseil général de Vendée et dans ceux de la mairie de Béziers, mais aussi à l’intégration d’une messe dans le programme municipal de la commémoration des 8 mai et 11 novembre à Mont-de-Marsan), un sondage Ifop (datant du 14 décembre 2014) pour Dimanche Ouest France révèle que 71% des Français sont plutôt favorables à la présence des crèches de Noël dans les administrations et bâtiments publics car « elles constituent un élément de tradition culturelle davantage qu’un symbole religieux. » Les sondeurs se permettent d’ajouter que c’est « sans surprise » que l’on trouve majoritairement les opposants à la présence de ces crèches dans les rangs du Parti communiste français et du Parti de Gauche « à la fibre laïcarde et de tradition anticléricale. »

Tout en étant édifiant, ce sondage est éclairant sur le manque de connaissances de ce qu’est la laïcité et de ce qu’est un élément culturel. Ainsi, au nom d’une laïcité qu’il faudrait désormais « ouverte » ou « positive » – alors que le mot « laïcité » se suffit à lui-même pour désigner notre cohésion sociale et républicaine puisqu’elle représente ce qui nous unit et non ce qui nous divise –, les élus pourraient commettre des actes incompatibles avec le principe de neutralité du service public ; au nom de la tolérance, les élus pourraient accorder une place supérieure à l’héritage européen chrétien au mépris des autres héritages dont nous sommes également issus (par exemple la civilisation gréco-romaine antique) ; au nom du culturel, adjectif que l’on détourne avec une facilité déconcertante, les élus pourraient mettre en avant le cultuel. Faut-il rappeler à ces élus qu’une crèche de Noël, ce n’est pas une œuvre d’art mais avant tout – ne l’oublions pas –, la célébration de la Nativité, donc bien un symbole chrétien ? Faut-il leur rappeler également que le catholicisme n’est plus religion d’État et qu’il n’a plus la primauté sur les autres cultes ?

Quant aux défenseurs de la laïcité et de la loi de séparation des Églises et de l’État datant de 1905 (et en particulier l’article 28), ils sont qualifiés par les sondeurs de « laïcards », mot abject et péjoratif. Rappelons en préalable que s’il n’y avait pas eu les « laïcards », nous en serions encore à un enseignement de classe où les enfants des familles modestes n’avaient pas droit à l’éducation. Mais ce qui est révélateur ici c’est le détournement du mot « laïcité ». À en croire l’institut de sondages Ifop, elle serait synonyme d’intolérance religieuse. Or, en permettant la liberté de conscience et l’égalité entre les différentes religions ainsi qu’entre les croyants et les athées, elle est tout le contraire. Elle évite de hiérarchiser les cultes, aucun n’étant considéré comme majoritaire ou minoritaire. Elle permet l’épanouissement de la personnalité de tous et laisse à chacun le droit de penser librement. Et c’est en cela que, si elle n’est pas antireligieuse, elle est bien anticléricale. Le cléricalisme, c’est l’influence politique du clergé qui cherche à intervenir dans les affaires publiques, c’est-à-dire à exercer le pouvoir temporel. La laïcité, étant l’émancipation qui permet aux croyants et aux athées de se reconnaître pleinement dans la puissance publique, ne peut donc être, par définition, qu’anticléricale. Où est le problème, messieurs les « anti-laïcards » ? Je pense qu’il est grand temps pour vous de réviser vos cours d’histoire, de droit et de philosophie…

 

 

Céline Piot,

conseillère municipale Front de Gauche à Mont-de-Marsan (Mont2Gauche),

15 décembre 2014

 

Réunion publique de François Cocq

 

Mardi 30 septembre 2014 (20h-22h)

à Mont-de-Marsan (Salle du Petit Bonheur)

 

 

Une cinquantaine de personnes dans le public.

 

Invité par le comité 1 du PG40, François Cocq (secrétaire national du PG et adjoint au maire de Champigny) a animé une réunion publique sur le thème : « Réforme territoriale ou 6e République ? D’un processus déconstituant à un processus reconstituant ».

 

Toutes les bases géographiques et humaines des structures administratives et politiques du pays vont passer par pertes et profits dans la réforme territoriale en cours : le pays sera parcellisé et la souveraineté populaire volatilisée ; ce sera la fin de la Nation.

 

Commandée de la Commission européenne, la réforme territoriale a été un projet de Balladur, puis de Sarkozy. Et c’est Hollande qui la met en place !

 

Le découpage géographique n’est qu’un écran de fumée pour amuser les citoyens et leur faire perdre le vrai sens de la réforme dont le coeur est ailleurs et constitué par quatre lois :

 

-sur les métropoles (réalisée).

 

-sur le découpage géographique (en cours).

 

-sur les compétences et leur clarification (au cours de l’automne et de l’hiver).

 

-sur la réforme de l’État (début 2015).

 

Au bout du compte, le pays sera administré par des entités technocratiques, et non plus démocratiques. Le triptyque « communes, départements, État » sera remplacé par le triptyque : « intercommunalités, régions, Union européenne ».

 

La réforme territoriale va de pair avec le pacte de compétitivité que François Hollande a présenté le 14 janvier 2014 avec son corollaire constitué par les coupes radicales dans les dépenses publiques : 50 milliards pour 2015 dont 21 milliards soustraits à la dépense publique (7,3 État + 3,7 collectivités territoriales + 10 Sécurité Sociale).

 

La réforme territoriale n’est pas anodine : le contenant définit et même conditionne le contenu. Le cadre institutionnel n’est donc pas neutre.

 

La Révolution française voulait casser les baronnies locales et promouvoir l’unité. Actuellement, la réforme territoriale qui, pour Manuel Valls est « la mère de toutes les réformes », cherche à déconstruire. Sur prescription européenne (la Commission a encore transmis ses recommandations en mai 2013 « d’amélioration des synergies nationales, régionales et locales »), cette réforme a pour but que, à toutes les échelles administratives (État, départements, communes), puissent être mises en œuvre les politiques libérales que le peuple rejette.

 

Les collectivités territoriales proches du peuple doivent donc être brisées.

L’alternative présentée par la réforme territoriale est de proposer des cadres technocratiques qui se substitueront aux cadres démocratiques :

 

-les régions concurrentielles. Elles vont aspirer les compétences des départements. Au sein de l’UE, les régions vont évidemment se faire de la concurrence entre elles.

 

-les métropoles, ces nouveaux territoires de l’accumulation du capital où l’on regroupera les forces productives qui vont se concurrencer aussi bien à l’échelle européenne que dans le champ intra-national, et, ce, au détriment des territoires périphériques.

 

On passe de l’ancrage dans le peuple à l’ancrage dans la finance.

 

Le secrétaire d’État Vallini a bien annoncé que « les départements seront dévitalisés. » Quant à Alain Rousset, président du Conseil régional d’Aquitaine, il veut tuer la France républicaine pour aboutir à une France fédérale.

 

Tout ceci montre bien qu’il s’agit d’un processus déconstituant tant dans le champ social que dans le champ de l’égalité républicaine entre les territoires, entre les individus. Les services publics sont dans le collimateur. Beaucoup d’entre eux ont déjà disparu au profit de services « au public » confiés par appel d’offres à une gestion privée. Il s’agit toujours du même processus ignoble des libéraux qui cherchent à externaliser à tout prix (c’est-à-dire, en définitive, à privatiser).

 

Ce processus déconstituant, qui se traduit par le fait de briser l’unité et l’indivisibilité de la République, sera renforcé par le pouvoir conféré aux régions de modifier les lois et règlements. Les régions seront dotées d’une puissance législative pour pouvoir modifier la loi à leur guise. Tout cela détruit deux siècles d’héritage humaniste et révolutionnaire.

 

L’intérêt général devient inférieur aux intérêts privés. La souveraineté elle-même est attaquée. Cela vise à ce que le peuple soit le plus possible éloigné de la décision.

 

La dernière étape de ce processus déconstituant est la réforme de l’État (2015) qui n’existera pas au niveau des nouvelles régions. Il s’agira d’un glissement des pouvoirs de l’État vers les régions, vers un État fédéral.

 

L’Association des Régions de France revendique déjà le contrôle de la chaîne complète en matière d’éducation, et veut la main sur « l’innovation pédagogique ». On ne parlera plus d’Éducation Nationale. La première ébauche de cette politique est visible dans la réforme dite des rythmes scolaires.

 

Cette réforme territoriale déconstruit et brise l’édifice républicain.

 

Comment réagir ? Il faut un coup d’arrêt à cela. Comment ? Le texte va revenir devant les deux Chambres (Sénat bientôt, puis Assemblée nationale). Nos attentes ne sont pas dans ce rouage institutionnel. Il faut sortir le dossier à l’extérieur, trouver une dynamique dans le peuple lui-même, mettre cette question sur la place publique et, donc, mettre en place un processus reconstituant.

 

C’est là tout l’objectif du mouvement de la 6e République. La 6e République n’est pas à construire dans un processus institutionnel mais dans un mouvement de réappropriation démocratique. Une plate-forme a été lancée. Il faut que le peuple y prenne sa part.

 

Il faut se doter d’une Assemblée constituante dont la devise pourrait être « droits, liberté, souveraineté ». Les Constituants ne pourront pas être réélus ensuite. Quant aux déconstituants, ils doivent être éjectés. Il faut par exemple mettre dans la Constituante la règle verte et l’opposition à la propriété privée du capital.

 

Discussion avec le public :

 

-Comment y arriver alors qu’il n’y a pas d’échéance type référendum comme en 2005 ?

Si, il existe une échéance, c’est 2017 qui vise une insurrection civique. Il faut se donner les moyens de remobiliser le peuple souffrant. Il est certainement difficile de la remobiliser sur la 6e République ; or, c’est le seul moyen de réappropriation de la souveraineté populaire.

 

-Quelle est la place du Front de Gauche dans ce mouvement ? Le FdG peut se rassembler sur deux assises : le programme partagé et la 6e République. Il faut donner une perspective politique au mouvement social sans atermoiements autour de la 6e République. Il faut aussi donner des gages. Il faut une extrême clarification de nos « alliances ».

 

-Peut-on mettre en place un atelier constituant (avec, par exemple, la rédaction de cahiers de doléances) ? Oui, il faut même commencer dès à présent. Viendra qui viendra. Mais le mouvement doit être en marche !

 

Compte-rendu rédigé à partir des notes de :

 

Nicolas Guyard

Céline Piot

Marie-Pierre Senlecque

 

 

 

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